Il était resté jusqu'au bout. Pour savourer, conscient qu'il ne retrouverai nulle part ailleurs cette ferveur, cette folie. Quant d'autres cèdent à l'appel des billets verts, lui Joakim
Noah-qui il est vrai n'était pas dans le besoin- a voulu rester sur son campus. Entre les bitures et les nuits sans fins, les jeunes étudiantes énamourées et les cocotiers de Florida, Jo et ses
"frères" ont marqué l'histoire de la NCAA. Le back to back. Inédit en collège basketball. Là bas, c'était la star, la tête de gondole. Atypique, attachant, décalé. Une gueule. Un client pour les
journalistes qui s'extasient de sa culture ou de cette crinière dont il "tire son énergie" ironise t-il. L'histoire est belle. Celle de 4 mecs qui auront passé ensemble dans une piaule de
cité U les meilleures années de leur vie.
Seulement voilà même les plus belles histoires ont une fin. Dans le triomphe du second titre, les 4 garçons dans le vent annonce leur intention de se présenter à la prochaine Draft. Ils le savent,
ils ne joueront plus ensemble. Un à Atlanta (peut être le rookie de l'année, bien plus consistant que Durant) Horford, un dans le pétrin des Wolves et Taurean Green qui se fait brinquebaler
d'équipe en d'équipe...Pas reluisant. Frustrant. Jo lui, atteri à Windy City. Dur pour un natif de New York et fan invétéré des Knicks. Espoir aussi car l'équipe est bonne. Prête à jouer les
cadors à l'Est. Débarqué en catimini, Noah marche sur des oeufs, la joue profil bas. Tout pour plaire. Et patatrac!!! Les Bulls débutent très mal. Et ça continu. A l'heure actuelle, ils ne sont pas
qualifiés pour les playoffs et ça va être compliqué. Le coach fait dans l'urgence, met les vétérans sur le parquet, pas le temps des expérimentations. Les rookies attendrons. Jo ronge son frein
sereinement, conscient de ce qu'il peut apporter au groupe et de ses lacunes qu'il s'attèle à combler. Il bosse. Dur. Apporte les donuts et porte les sacs des "vieux". Le gamin n'a pas encore eu sa
chance. La faute aux résultats et aussi un peu à son coach quelque peu frileux dirons nous...Alors les soirs de match, il joue aux pom pom, tente d'imiter Ronnie. Donne dans le rechauffé, fait du
consensuel devant les micros. Mais ça le bouffe. Lui rêve de pouvoir galoper sur le parquet, arracher des rebonds, défendre à la Gators, press tout terrain,les mains dans les shorts
adverses...patience ton tour viendra lui glisse t-on à l'oreille, comme pour calmer la bête rugissante. Noah, pris en 9ème position par Chicago est un Lotery pick quand même. Dans
les 13 premiers de la draft, c'est une assurance jeu. La preuve que non. La saison suit son cours avec la même rengaine : Défaite, banc, entraînement. On ne comprend pas pourquoi Joakim n'a pas sa
chance. Parce que Ben Wallace, c'est plus ce que c'était. Envolé le meilleur défenseur de la ligue. Parti en vacance. Et c'est pas Thomas deuxième année irrégulier qui pousse le français sur le
banc. Enfin, le coaching staff n'avait peut être pas toute sa tête ? Abus de substance illicites ou bien complètement débiles ? On ne saura jamais.
Quelques retards et accros avec les coach plus tard pour notre Noah national et pim pam poum, ça fusille à chicago. Mettez les casques, ça mitraille.Virée le peintre qui officiait comme
head coach et puis et surtout un gros trade le dernier jour des transferts. Bye bye Big Ben et hello Larry Hugues. Pas vraiment ce dont les Bulls avaient besoin mais ça fait l'affaire du chérubin.
La nouvelle vie peut commencer. Introniser dans le 5 majeur, Noah s'accroche, défend comme un chien enragé, gobe les rebonds, mouille le maillot et joue chaque soir comme si sa vie en dépendait.
Voilà ce dont avait besoin Chicago. Une bouffée d'air frais, de la hargne, du fighting spirit. La mayonnaise prend. Noah s'éclate enfin. 13 points et 20 rebonds hier. Personne ne s'attend à voir
l'ancien gator claqué 25 points par match, il est pas là pour ça. Par contre 20 rebonds oui. Il est l'homme des basses besognes, le porteur d'eau, l'homme de l'ombre. Son tryptique à lui : Défense,
rebond,contres. Pas de chi chi.
Les défaites s'accumulent mais l'équipe tourne rond. Parti de trop loin pour viser les playoffs-sauf miracle-les Bulls donnent de l'expérience à leurs jeunes pousses. Jo prend son pied. 6
mois en NBA et déjà il est rompu au système. Il a connu l'arrivée triomphale, le banc de touche plus qu'il n'en fallait et la renaissance au jeu. La ligue est un business. Il a
imprimé. Mettre le costard pour éviter l'amende, conf presse obligatoire, muscu, vols long courriers, il est en phase. Joakim Noah aura appris beaucoup de choses en très peu de temps, mais en
retiendra particulièrement une. Fini le temps où le basket était un jeu, basketteur NBA c'est un métier.